La vision entrepreneuriale d’un Ingénieur français expatrié à Londres !

Mathieu Triay, ingénieur diplômé de Polytech Montpellier, expatrié à Londres où il officie en tant que directeur technique au sein de la prometteuse startup Night Zoopeeker, hyperactif & organisateur attitré des startups weekend, s’est livré sur son parcours étonnant & sa vision passionnée du monde de l’entrepreneuriat.

 

L’influence du Startup Weekend

MarCom Startup : – « Il y a quelques années tu t’es lancé dans l’aventure Startup Weekend peux tu nous raconter pourquoi? Qu’est ce que le concept Startup Weekend t’a apporté ? »

« En deuxième année d’IUT Informatique à Montpellier, j’ai eu la chance de faire un stage de 3 mois sur Londres dans une petite startup (devenue grande) qui s’appelle Mendeley. Je pense que c’est ce qui a lancé ma passion pour les startups et leur fonctionnement.

Quelques années plus tard, j’ai repris contact avec mon ancien mentor de stage lors d’une visite touristique de la capitale anglaise.

Il venait de lancer une boite en 54h, c’est ainsi que j’ai appris l’existence du Startup Weekend. J’ai rencontré un français qui faisait partie deson équipe, Guillaume De Malzac, avec qui je suis resté en contact et qui plus tard m’a offert mon premier billet pour le Startup Weekend à Marseille. J’ai fait la route avec deux amis pour voir ce que c’était vraiment.

Je peux dire avec certitude  que ce weekend a changé ma vie. J’ai rencontré des gens vraiment intéressants et travaillé sur un projet loufoque et techniquement difficile. Rien de tel pour mettre à l’épreuve ce que deux années d’IUT et 1 année et demi (à ce moment là) de Polytech’ Montpellier avait pu m’enseigner. »

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Le principe du Startup Weekend

« Un Startup Weekend démarre un Vendredi soir, les participants qui le souhaitent, peuvent pitcher une idée en 1 minute. Une fois que les pitchs sont finis, les participants votent pour les idées qui leur plaisent le plus. On retient les idées les plus populaires et des équipes se forment autour d’elles. Chaque équipe travaille jusqu’au Dimanche soir où les participants présentent le fruit de leur intense weekend, à un jury d’experts (des investisseurs, des mentors, etc.). L’idée est d’arriver à un prototype du produit et/ou une idée de business modèle. »

Un coup de cœur pour une expérience unique

« J’ai simplement adoré l’expérience. Tellement, que j’en ai parlé à l’organisateur le soir même de l’évènement, souhaitant en organiser un, à Montpellier. Ce à quoi il a répondu “pas de problèmes, appelle moi quand tu sais où ça se passera”.

Ni une ni deux, j’ai profité d’un cours à Polytech où l’on avait pour mission d’organiser des évènements, pour proposer un Startup Weekend. Une fois l’accord validé, l’organisateur de Marseille m’a guidé dans les démarches, qui à l’époque n’étaient pas aussi simple qu’aujourd’hui.

Le soir même, je recevais un email du QG de Startup Weekend à Seattle, m’informant que dans la journée ils avaient reçu une demande similaire, d’une autre personne, pour les mêmes dates et m’interrogeaient pour savoir si celle-ci faisait partie de mon équipe.

Elle n’en faisait pas encore partie et c’est ainsi que j’ai rencontré Déborah Rippol qui a ensuite co-organisé le weekend avec moi (elle est maintenant Directrice de Startup Weekend Europe !). Plus tard Cédric O’Neill s’est ajouté à l’organisation ainsi que Quentin Dejean et d’autres amis, venus nous prêter main forte.

Le weekend s’est très bien passé et l’expérience de l’organisation était au moins aussi géniale que celle d’y participer. Accompagné de Déborah et de quelques amis, nous avons ensuite tous participé à d’autres évènement en France, notamment Bordeaux et Nice.

Pour ma 5ème année à Polytech’, j’ai eu la chance de pouvoir partir à l’étranger et d’étudier à UCL (University College of London). J’ai donc contacté les responsables de Startup Weekend là bas pour leur faire savoir que j’étais motivé à y organiser des évènements. J’ai appris, à ma grande surprise, que Londres n’avait pas (encore) poursuivi sa croissance. Il n’y avait donc pas eu d’autres weekends depuis celui qui avait tout déclenché pour moi, à l’exception d’un événement qui était sur les rails pour Septembre ; c’est naturellement que j’ai rejoint l’équipe organisatrice, à distance et donné un coup de main le Jour-J.

 Entre temps, Déborah avait décroché son poste de Directrice Europe pour Startup Weekend et ce QG là se trouvait à Londres. C’est ensemble que nous avons continué à organiser des weekends sur Londres, cette fois-ci beaucoup plus régulièrement : tous les 3 mois.

Grâce au travail de Déborah et des différentes équipes organisatrices, que l’événement a connu une croissance fulgurante, souvent à guichets fermés.

Depuis plus de 3 ans, je suis dans l’univers Startup Weekend et je ne pense pas le quitter de si tôt. J’ai aussi eu la chance de “faciliter” des évènements à Dublin et Nottingham. Globalement mon expérience avec Startup Weekend a été une courbe d’apprentissage énorme, tant en terme de technologie, qu’en terme de travail en groupe. On apprend beaucoup sur des domaines qui ne sont pas les nôtres comme le marketing, le “produit” etc.

C’est excessivement formateur et c’est d’ailleurs ce qui est maintenant mis en avant par Startup Weekend pour ces évènements: venez tâter le terrain, vous faire la main, vivre une expérience dont vous apprendrez beaucoup à la fois sur vous et sur les startups. »

 

Une leçon à retenir

« Ensuite, Startup Weekend n’est pas une fin en soi. La courbe d’apprentissage atteint probablement un plateau vers le 3ème ou 4ème évènement que l’on fait. Mais à ce moment là, on n’en tire plus la même chose non plus. C’est du networking, c’est un exercice créatif et plus encore. »

« Une erreur à ne pas faire c’est se dire “je vais avoir une startup après le weekend”. Même si c’est vrai sur le papier, ces 54h sont plus un test pour le participant et son idée, pour savoir s’ils peuvent ensemble résister au monde cruel de l’entrepreneuriat.

Ce qu’il faut faire ensuite? Continuer de tester jusqu’à ce qu’on soit prêt à se lancer pour de bon. »

MarCom Startup : – « Présente nous ta startup, que faites vous ? »

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L’aventure Startup avec Night Zookeeper

« Quand je disais que Startup Weekend avait changé ma vie, ce n’est pas à prendre à la légère car Night Zookeeper, l’entreprise pour laquelle je travaille et que j’ai aidée à lancer, est née lors d’un Startup Weekend Education à Londres. J’aidais un des weekends sur Londres lorsque j’ai entendu l’idée. Ils avaient besoin d’un programmeur durant le weekend et je me suis porté volontaire pour jeter un oeil. Après avoir produit un prototype d’application mobile pour eux, nous sommes restés en contact et petit à petit, j’ai intégré l’équipe. D’abord en tant que conseiller produit et technique sur mon temps libre et ensuite à plein temps en tant que Directeur Technique. »

Night Zookeeper, une startup innovante au service de l’éducation

« Night Zookeeper est l’idée que les enfants peuvent créer le monde dans lequel ils jouent en utilisant leur créativité, tout en apprenant. Le côté éducatif n’est pas un simple ajout de dernière minute, c’est ancré dans tout ce que l’on fait, grâce à Paul Hutson notre Directeur Education et ancien professeur des écoles. On essaye d’aider les enfants à être plus créatifs en utilisant l’univers du Night Zoo dans lequel ils vont devoir lire, écrire et utiliser leur créativité pour résoudre des problèmes et repousser les monstres qui veulent détruire toute idée originale.

L’idée du Night Zoo vient de Joshua Davidson, notre CEO. Lors de ses études à Melbourne, il s’est posé la question “qu’est-ce qui se passe la nuit au zoo ? Et si les animaux devenaient magiques ?”.

C’est comme ça qu’au Night Zoo, la nuit, les girafes se transforment en girafes espionnes qui savent tout ce qui se passe au zoo et peuvent se rendre invisibles et l’éléphante devient une éléphante qui voyage dans le temps (c’est pour ça qu’elle a une bonne mémoire !).

En utilisant cet univers, nous réalisons des jeux éducatifs sur tablettes, mobiles et web. Nous faisons aussi des projets directement dans les écoles où les enseignants utilisent nos plans de cours et activités en parallèle du monde numérique.

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Plus récemment, nous avons été mis en avant sur Skype Classroom où le Night Zookeeper lui même donne des“cours” à distance en utilisant Skype. Nous avons eu la chance de parler à des classes dans de nombreux pays, notamment aux US et au Canada. J’ai eu l’occasion de jouer le rôle du Night Zookeeper dans deux écoles françaises proches de Montpellier et un des élèves m’a confié: “c’est le meilleur jour de ma vie”. C’est tellement gratifiant!« 

MarCom Startup : – « Quel est ton rôle au sein de Night Zookeeper ? »

« Vu que notre équipe est encore toute petite (5 personnes), mon rôle est plus que celui d’un programmeur ou chef de projet. Je participe aux discussions produits ainsi que celles centrées sur l’expérience utilisateur. Je travaille avec Buzz Burman, notre designer et le génie derrière notre logo, pour confectionner une nouvelle expérience pour les enfants. On essaye le plus possible de considérer les enfants comme des grandes personnes, en évitant de tomber dans les pièges et clichés des designs enfantins. Je me déplace souvent dans les écoles pour voir les enfants utiliser nos applications et avoir leur feedback. C’est un processus très intéressant et les enfants sont toujours très honnêtes car ils n’ont pas peur d’être blessants. C’est un atout non négligeable car les adultes trouvent rarement quelque chose à redire quand on fait un produit éducatif pour enfant juste parce-que l’initiative est (plus) louable.

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 Travailler sur Night Zookeeper c’est l’occasion de façonner les outils que la prochaine génération utilisera. Nous avons besoin de gens avec l’envie de trouver des solutions aux problèmes d’aujourd’hui en utilisant les technologies de demain. J’aime à croire que la créativité est au coeur de la capacité à résoudre des problèmes; et Night Zookeeper cultive et stimule cette qualité qui leur sera précieuse en grandissant. Je participe à la création d’un univers que j’aurais aimé avoir quand j’étais gamin avec des outils et des jeux dont j’aurais rêvé. Alors ce n’est pas grave si je ne gagne pas un salaire mirobolant et que je travaille 12h par jour, la récompense se trouve dans la prochaine génération. »

MarCom Startup : – « Peux tu nous parler de ta vision de la startup ?»

La startup vue d’un ingénieur

« Aujourd’hui le mot “startup” est un petit peu galvaudé. Celui avec une idée, a une “startup”. Pour moi, une “startup”, représente des gens qui se sont réunis autour d’une idée qui leur tient à coeur et qui consacrent d’abord leur temps libre puis ensuite tout leur temps à transmettre leur vision des choses. Ce n’est pas quelque chose qu’on fait pour l’argent, c’est quelque chose qu’on fait par passion, par envie. Pour moi, on ne démarre pas une entreprise dans le but de la revendre. Ça ne veut pas dire qu’on ne le fera jamais, mais il est important que la vision et l’impact que l’on souhaite avoir, soit sur le long terme. Si je dois sacrifier mon temps, et dans une moindre mesure ma santé et ma vie sociale pour que ça réussisse, je veux changer les choses en profondeur. Ouvrir la porte sur une nouvelle technologie, créer de nouvelles habitudes, etc. bref quelque chose qui va changer la donne.

Ces petites structures sont un terrain de jeu idéal pour intégrer des nouvelles idées, techniques ou commerciales. Leur flexibilité est leur atout principale mais aussi leur plus grande faiblesse. Trouver son “focus” est très important, et surtout il ne faut pas en démordre. Savoir où on va est le plus important. Comment on y va, c’est une autre question et les startups offrent des mécaniques pour tester différents chemins et c’est ça qui est magique.

Pour quelqu’un de « technique », une startup est un rêve d’enfant. On travaille souvent avec les dernières technologies et ça permet d’explorer de nouveaux horizons, d’apprendre, de se former et au final d’amener de nouvelles connaissances à la communauté. »

Anglais VS Frenchies, si différents ?

 » J’ai constaté un effet de mode, particulièrement sur Londres. J’ai lu quelque part “avant les garçons disaient qu’ils avaient un groupe de musique, maintenant ils disent qu’ils ont une startup”. C’est malheureusement assez vrai. Les évènements axés entrepreneurs sont devenus des réunions “cools” où la culture startup est reine. Et je trouve que malheureusement, c’est beaucoup d’inepties. Le networking est nécessaire, très intéressant, et certains ont ce qu’il faut pour être un entrepreneur, mais au final il y a plus de paroles que d’actions, et c’est ça qui me chagrine. Des entrepreneurs sans idées, motivés par l’argent et la gloire. Je crois que beaucoup d’entre eux sous-estiment l’investissement personnel qu’il faut faire.

 D’un autre côté, les anglais jugent beaucoup moins, en règle générale, sur les diplômes. L’expérience et la motivation priment sur le reste. Un bon exemple, c’est un des ingénieurs avec qui j’ai travaillé chez Mendeley, et qui travaille maintenant pour Facebook, il avait un diplôme de musique et reste probablement une des personnes les plus compétentes que j’ai pu rencontrer.

Cette attitude est superbe car elle se base sur le fait que tout le monde peut y arriver si la volonté est là. C’est une leçon importante.

 Londres a beaucoup grandi depuis que j’y suis. La ville a un énorme potentiel, c’est maintenant devenu une sorte de Silicon Valley européenne (c’est d’ailleurs pour ça qu’on y reste en tant qu’entreprise). En un peu plus de 2 ans, j’ai pu voir la montée de l’écosystème startup, accompagnée par la croissance de Startup Weekend. Il y a environ un an, on pouvait vraiment dire que les startups étaient à la mode. La vague est en train de passer en France où à l’époque de l’organisation du Startup Weekend Montpellier beaucoup de gens nous avaient ri au nez. C’est intéressant à suivre comme phénomène. Sur Londres, les choses sont en train de se calmer un peu, il me semble. Les gens semblent se concentrer sur leur travail, les startups montées dans une optique de “style” ont mordu la poussière. Il reste celles qui vivent pour leur vision et qui travaillent d’arrache pied pour s’en sortir. J’aime à croire qu’on en fait partie. »

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Eddina

Eddina

Social Media & R.P Strategist
Communicante amoureuse des startups ! N'est pas à côté de la plaque, c'est la plaque qui l'est !
8 comments
LucasServant
LucasServant

Super article et parcours inspirant ! Merci :)

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@MathieuLoutre Wahou, c'est le début de la gloire ! Comment s'est passé l'interview ? Tu as répondu par mail à des questions ?